Ghosting : pourquoi il est si fréquent dans les rencontres en ligne
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En consultation, vous êtes nombreux à me parler de la même situation : une rencontre sur un réseau ou une plateforme en ligne, des échanges intenses, parfois quotidiens, une impression que quelque chose se passe vraiment… puis plus rien. Jérôme ou Martine disparaît sans explication, comme ça, en mode courant d’air. Et toi, tu restes là à te demander ce qui s’est passé.
Que tu sois un homme ou une femme, ce genre de comportement laisse souvent perplexe. Il peut aussi blesser profondément, parce qu’à partir du moment où l’on commence à croire en quelqu’un, à attendre un message, à se projeter un peu, ce silence soudain ne passe pas comme une simple absence de réponse. Il crée de la déception, de l’incompréhension, et parfois même une vraie douleur.
Il faut aussi regarder les choses en face : notre société a beaucoup changé. Aujourd’hui, beaucoup de femmes, et aussi des hommes, arrivent sur les réseaux ou sur les plateformes de rencontre après parfois de longues années de solitude. Dans la vraie vie, les occasions de se rencontrer se sont raréfiées. Au travail, les rapports sont plus compliqués, les gens n’osent plus toujours se parler librement, et dans le quotidien, les échanges spontanés sont devenus presque plus rares qu’un message clair sur une appli.
Alors forcément, quand quelqu’un arrive, montre un peu d’intérêt, écrit souvent, semble à l’écoute ou donne l’impression d’être sincère, il peut vite prendre une place importante. Pas parce que tu es naïf ou naïve, mais parce que tu espères, tout simplement. Et quand cette personne disparaît du jour au lendemain, sans explication, il est normal de se sentir perdu.
Comment comprendre ce comportement que l’on appelle aujourd’hui le ghosting, devenu malheureusement très courant dans les rencontres en ligne ? Et surtout, comment l’interpréter sans tout ramener contre soi ?
Pourquoi les rencontres en ligne favorisent les projections et rendent le ghosting si fréquent
Dans les rencontres en ligne, au départ, tu ne rencontres pas vraiment une personne, tu rencontres surtout un profil. Quelques photos, une façon d’écrire, un peu d’humour, un soupçon d’attention, parfois une voix agréable au téléphone, et ton esprit commence déjà à remplir les blancs plus vite qu’un scénariste de série romantique un dimanche soir.
Or ces blancs sont nombreux. Dans beaucoup de situations, les échanges durent des semaines, parfois des mois, sans vraie rencontre, et quelquefois sans rencontre du tout. À force, un parfait inconnu peut finir par devenir une petite habitude dans ton quotidien. Il y a le message du matin, l’appel du soir, les confidences, les petites attentions, la complicité qui semble s’installer, et cette impression troublante qu’il y a peut être quelque chose de spécial.
Petit à petit, cette personne prend une place réelle dans ta tête, dans tes attentes, dans tes émotions. Pourtant, à ce stade, tu ne connais pas encore vraiment l’autre. Tu connais une voix, des écrits, un ton, une façon de répondre, mais pas la réalité complète de sa personnalité, de sa vie, ni de ses intentions. Et c’est justement là que l’imaginaire entre en scène. On commence à façonner intérieurement quelqu’un à partir de très peu d’éléments. On lui prête des qualités, une sincérité, une profondeur, une sensibilité, parfois même une compatibilité presque parfaite, alors qu’en vérité on ne connaît encore qu’une version très partielle de lui ou d’elle.
C’est aussi comme ça que certaines personnes se font piéger par de faux profils, de fausses photos, de fausses vies, ou par des beaux parleurs qui savent exactement quoi dire pour créer une proximité rapide. Derrière un écran, avec les bons mots et le bon ton, certains arrivent à inspirer confiance alors qu’ils ne montrent qu’une vitrine bien arrangée, un peu comme un appartement témoin : de loin ça donne envie, mais il vaut mieux ouvrir les placards.
Dans ce genre de contexte, le plus sage n’est donc ni de se fier aux photos, ni à la voix, ni même à la régularité des échanges. Le mieux reste souvent de rencontrer l’autre assez rapidement, avant que l’imaginaire ne construise un feeling ou une histoire qui risque de s’écrouler comme un château de cartes au premier face à face. Et quand cette construction s’effondre ou que l’autre disparaît soudainement, ce n’est pas seulement une personne qui manque, c’est aussi tout ce que tu avais commencé à imaginer autour d’elle.
Derrière le ghosting, il n’y a pas une seule explication
Sur les rencontres en ligne, il faut aussi regarder une réalité un peu moins romantique : pour beaucoup, le fonctionnement ressemble parfois au catalogue de la Redoute. On regarde, on choisit, on compare, on met plusieurs profils dans le panier, on teste une conversation ici, une autre là, puis on passe au suivant sans toujours laisser le temps à quelque chose de vrai de se construire. Dans ce contexte, certains ne cherchent pas réellement à connaître l’autre, ni à s’investir avec sincérité. Ils arrivent souvent avec une idée très précise de ce que l’autre doit être, de ses qualités, de ses défauts, de son physique, de sa disponibilité, de sa manière de parler, et dès que la réalité ne colle pas exactement à leur scénario, l’intérêt retombe ou glisse ailleurs.
Il y a aussi ceux qui arrivent avec une histoire encore mal digérée. Un ex ou une ex occupe encore trop de place, la blessure est encore là, la comparaison continue en silence, et il n’y a finalement pas de vraie place pour qu’un nouveau lien puisse se développer. Dans ce genre de situation, la communication ne s’arrête pas toujours brutalement au départ. Parfois elle s’estompe doucement. Les messages deviennent plus rares, plus courts, moins investis, et tu sens bien que quelque chose a changé.
Le ghosting, c’est aussi ça : tu t’étais habitué à quelqu’un qui répondait vite, lançait facilement le dialogue, semblait présent, intéressé, impliqué, et soudain ce n’est plus la même personne. Le rythme change, la chaleur retombe, les réponses deviennent floues, espacées, mécaniques, jusqu’au silence complet parfois. Et c’est souvent là que l’on commence à chercher des excuses à sa place, à lui trouver des raisons, des prétextes, des circonstances atténuantes. Pourtant, vouloir absolument justifier ce type de comportement est souvent une erreur, parce que cela te fait rester accroché à quelqu’un qui, dans les faits, n’est déjà plus vraiment là.
Le ghosting peut aussi révéler une peur de l’engagement
Certaines personnes sont tout à fait à l’aise tant que la relation reste légère, agréable, sans enjeu trop concret. Elles aiment échanger, séduire, sentir qu’un lien se crée, mais dès que la relation commence à devenir plus réelle, plus régulière ou plus impliquante, elles prennent peur. Elles ne savent pas toujours dire clairement qu’elles ne sont pas prêtes, alors elles ralentissent, s’éloignent, puis finissent parfois par disparaître. Ce n’est pas forcément élégant, ni très courageux, mais c’est souvent plus simple pour elles que d’assumer une parole claire.
Chez d’autres, le ghosting cache surtout un manque de sincérité
Il y a aussi des personnes qui savent très bien créer un lien, mais sans réelle intention derrière. Elles parlent beaucoup, séduisent vite, donnent l’impression d’être très intéressées, très présentes, parfois même presque trop parfaites. Sur le moment, elles savent flatter, capter l’attention, installer une complicité, mais cela repose souvent davantage sur le plaisir de plaire que sur une vraie envie de construire. Dans ce cas, le ghosting n’est pas lié à une peur ou à une fragilité particulière, mais simplement à un manque de sincérité. Une fois l’intérêt retombé, ou dès qu’un autre profil attire leur attention, elles passent à autre chose avec la même facilité qu’elles étaient entrées dans l’échange.
Parfois, le ghosting vient aussi d’une indisponibilité émotionnelle
Il y a enfin des personnes qui ne mentent pas forcément au départ, mais qui ne sont tout simplement pas disponibles émotionnellement. Un ex encore trop présent dans la tête, une blessure mal refermée, une séparation récente, une vie déjà trop encombrée, ou un mal être plus profond peuvent empêcher un nouveau lien de vraiment prendre sa place. Le plus délicat, c’est que beaucoup ne le savent pas eux mêmes au début. Elles pensent être prêtes, ou veulent croire qu’elles le sont, parce qu’elles ont envie d’avancer, de tourner la page, parfois même de se réparer à travers une nouvelle rencontre. La rencontre en ligne devient alors une façon de couper avec le passé, de se rassurer, de retrouver un peu d’élan, voire de panser l’histoire d’avant. Et c’est souvent là que ça se complique. Car au moment où le lien devient plus réel, plus concret, plus engageant, tout ce qui n’était pas réglé remonte à la surface. La personne se ferme, se décale, ralentit ou disparaît. Là encore, cela n’excuse pas tout, mais cela rappelle qu’un ghosting ne parle pas toujours de toi. Il parle souvent aussi de ce que l’autre n’a pas encore vraiment réglé en lui.
Comment repérer certains profils à risque
Tout le monde ne ghoste pas pour les mêmes raisons, mais certains profils reviennent souvent dans les rencontres en ligne. Le faux célibataire, le beau parleur, le dragueur en série, le manipulateur ou encore l’immature émotionnel n’ont pas le même fonctionnement, mais ils ont un point commun : ils savent créer un lien rapide sans forcément avoir une intention claire, saine ou sincère.
Le faux célibataire est souvent l’un des plus faciles à repérer, à condition de ne pas fermer les yeux trop vite. Il peut être disponible à certains moments, très présent en journée, puis beaucoup plus flou le soir, le week end, ou dès qu’il s’agit d’un appel spontané ou d’une visio. Tester sa disponibilité à des moments plus naturels de la vie réelle est souvent un bon moyen de voir rapidement si quelque chose sonne faux. Quelqu’un qui a toujours une excuse dès qu’il faut parler librement un samedi soir ou montrer un peu de cohérence dans son quotidien n’est pas forcément aussi libre qu’il le prétend.
Le beau parleur, lui, va vite. Très vite même. Les échanges sont fluides, agréables, flatteurs, bien tournés. Il a souvent les bons mots, il sait mettre en confiance, valoriser, créer une impression de proximité rapide. Avec lui, tout semble simple, naturel, presque trop beau pour être vrai, et souvent ce n’est pas un hasard. Le beau parleur adore l’élan du début, la séduction, la magie de l’emballage. En revanche, dès que ça se complique un peu, dès qu’il sent une attente, une vraie personnalité en face, ou juste un os sur la route, il peut disparaître après un rendez vous, parfois même après le premier. Son objectif n’est pas de construire, mais de vivre quelque chose de facile, rapide, sans frottement ni responsabilité.
Le dragueur en série est souvent plus technique. Plus rodé aussi. Il ne se contente pas toujours de séduire pour le plaisir immédiat, il joue avec la conquête. Il observe, teste, adapte son discours, sent les failles, comprend vite ce qui plaît. Il peut paraître plus profond que le simple beau parleur, justement parce qu’il sait donner plus d’épaisseur à ses échanges. Mais derrière, il y a parfois une logique presque de collection. Certaines conquêtes deviennent des trophées, des petites victoires personnelles, un jeu qui le grise. Au départ, il ne se demande pas forcément s’il t’apprécie vraiment. Il se demande plutôt s’il va réussir à t’avoir ou pas.
Le manipulateur, lui, va souvent plus loin. Il ne cherche pas seulement à séduire, mais à prendre la main sur la relation. Il alterne parfois présence et distance, chaleur et froideur, intérêt et silence, de façon à créer du doute, de l’attente, de l’accroche émotionnelle. Il peut te faire croire que quelque chose est très fort, puis te laisser dans le flou, juste assez pour que tu continues à te poser des questions. Avec ce type de profil, le ghosting n’est pas toujours un accident ou une maladresse. Il peut aussi devenir une façon de garder le contrôle, de déstabiliser, ou de revenir plus tard quand cela l’arrange.
Il y a aussi des personnes qui ne savent tout simplement pas gérer une relation de façon adulte. Dès qu’il faudrait expliquer, clarifier, assumer un changement d’envie ou dire qu’elles ne veulent pas continuer, elles fuient. Pas forcément parce qu’elles manipulent, pas toujours parce qu’elles sont mauvaises, mais parce qu’elles sont immatures émotionnellement. Elles ne veulent ni se justifier, ni rendre des comptes, ni affronter la déception de l’autre. Alors elles choisissent la solution la plus facile pour elles et la plus violente pour l’autre : disparaître, ne plus répondre, parfois même bloquer sans prévenir, comme si le lien n’avait jamais existé. Ce type de comportement en dit long sur leur incapacité à assumer une communication claire et respectueuse.
Dans tous ces cas là, le plus utile n’est pas de chercher à tout excuser ou à tout analyser pendant des semaines. Il vaut mieux regarder les faits. Est ce que cette personne est cohérente ? Disponible ? Claire ? Stable dans son comportement ? Parce qu’en matière de rencontres en ligne, les mots peuvent être brillants, la voix très douce, les photos très réussies… mais au final, ce sont surtout les actes qui évitent les mauvaises surprises.
Comment réagir face au ghosting
La première chose, c’est de ne pas te lancer dans une enquête mentale digne du FBI pour essayer de comprendre chaque détail, chaque message, chaque virgule, chaque point de suspension. Quand quelqu’un commence à disparaître, à répondre n’importe comment, à bloquer ou à s’éteindre sans prévenir, le plus important est de regarder les faits. Pas ce qu’il avait dit au début, pas la belle impression laissée, pas le potentiel de l’histoire, mais ce qu’il fait maintenant. Et en général, quand quelqu’un veut vraiment être là, tu n’as pas besoin d’un décodeur, d’un pendule et de trois nuits blanches pour le comprendre.
Ensuite, évite de transformer son silence en procès contre toi même. Le ghosting réveille souvent les mêmes questions : qu’est ce que j’ai dit, qu’est ce que j’ai raté, pourquoi il ou elle a changé, est ce que je n’étais pas assez bien. Mais dans bien des cas, ce comportement parle surtout du fonctionnement de l’autre, de sa lâcheté, de son immaturité, de son indisponibilité ou de son manque de sincérité. Ce n’est pas agréable à entendre, mais c’est souvent plus juste que de penser que tout vient de toi.
Il faut aussi résister à la tentation de lui trouver des excuses à l’infini. Oui, il a peut être beaucoup de travail. Oui, il a peut être une période compliquée. Oui, il est peut être perdu. Très bien. Mais entre être perdu et faire disparaître quelqu’un sans un mot, il y a quand même un petit monde. À un moment, il faut regarder si la personne sait encore tenir une conversation simple, envoyer un message clair ou montrer un minimum de respect. Sinon, tu risques surtout de faire tout le travail relationnel à sa place, ce qui est épuisant et rarement récompensé par une médaille.
Réagir sainement face au ghosting, c’est donc revenir à quelque chose de très simple : observer, accepter ce que les faits montrent, et arrêter d’alimenter seul une histoire qui n’a plus de répondant. Cela ne veut pas dire que ça ne fait pas mal. Cela veut juste dire que tu cesses de t’abandonner toi même pendant que l’autre joue à cache cache avec ses messages. Et franchement, passé un certain âge, on mérite mieux qu’un champion olympique de l’esquive.
Conclusion
Le ghosting fait mal, parce qu’il coupe un lien sans donner de vraie réponse et laisse souvent derrière lui un vide, des questions et une remise en question injuste.
Ne cours pas après une explication qui ne vient pas. Les faits parlent souvent plus clairement que les mots absents.
Regarde les actes, pas seulement les promesses du début. Quelqu’un qui veut vraiment être là ne te laisse pas dans un brouillard permanent.
Ne prends pas automatiquement ce silence contre toi. Le ghosting révèle très souvent un dysfonctionnement chez l’autre, pas un manque de valeur chez toi.
N’excuse pas indéfiniment un comportement irrespectueux. Être confus n’empêche pas d’être correct.
Protège toi plus vite que tu ne t’attaches. Sur les rencontres en ligne, mieux vaut observer la cohérence que rêver sur l’intensité du début.
Pourtant, il faut garder une chose en tête : ce comportement ne dit pas ta valeur. Il parle bien davantage de la façon dont l’autre gère ses émotions, ses limites, sa sincérité ou son courage relationnel.

